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La mode est interdite aux femmes en Arabie saoudite

Introduction

En Arabie saoudite, la religion d’Etat est l’Islam. Cette religion est appliquée concrètement dans la société saoudienne selon les principes du wahhabisme, une vision conservatrice de la religion. De cette interprétation découlent certains principes comme le port d’une abaya pour les femmes. Ce vêtement, usuellement noir, couvre le corps du cou aux chevilles et alimente de nombreux fantasmes, notamment que les femmes saoudiennes ne peuvent se préoccuper de la mode. Est-ce vrai ?

Il n’y a que les femmes qui sont contraintes au niveau vestimentaire : une fausse affirmation 

L’abaya est un vêtement traditionnel saoudien, issu de la culture bédouine. Ce vêtement était initialement utilisé pour protéger les femmes du soleil mais aussi du sable dans les déserts de la péninsule arabique. Ce n’est que récemment que la culture occidentale a érigé l’abaya en symbole de l’oppression féminine subie en Arabie saoudite. Cependant, culture et religion sont entremêlées dans l’Islam et si des contraintes liées à la pudeur religieuse obligent effectivement les femmes à porter l’abaya, ces contraintes sont aussi appliquées aux hommes, mais sont moins connues du grand public.

Le pendant masculin de l’abaya est la dishdasha. Vêtement traditionnel pour homme, la dishdasha est un vêtement fait de coton ou bien de laine selon les saisons, qui couvre entièrement le corps. Généralement de couleur blanche, ce vêtement est aussi empreint de la tradition bédouine et est revêtu dans la majorité des pays du Golfe. S’il n’est pas fondamentalement obligatoire comme l’abaya, il est cependant caractéristique de la même interdiction que pour les femmes, à savoir ne pas dévoiler son corps. Ainsi les hommes ne peuvent revêtir de shorts ou autres pantalons qui ne recouvrent pas les genoux.

 

Deux hommes saoudiens vêtus de leurs apparats traditionnels.
Deux hommes saoudiens vêtus de leurs apparats traditionnels.

Mohammed bin Salman, prince héritier d’Arabie saoudite, est souvent reconnu comme un réformateur, notamment depuis le lancement du plan Vision 2030, dans le courant de l’année 2016. Prônant un Islam modéré mais aussi éclairé, en mars 2018, il a déclaré la chose suivante dans une interview exclusive sur la chaîne américaine CBS : “Il est disposé dans les lois de la charia que les femmes doivent porter des vêtements respectueux et décents comme les hommes. Ceci, cependant, ne spécifie pas particulièrement une abaya noire ou que la tête soit couverte de noir. La décision est entièrement laissée aux femmes de décider quel type de tenue décente et respectueuse elles souhaitent revêtir”. Cette avancée symbolique, au même titre que le droit de conduire, vise à une modernisation progressive de la société saoudienne.

La mode n’existe pas en Arabie saoudite : une autre croyance répandue… mais fausse 

Dans l’élan d’ouverture culturelle que connaît l’Arabie saoudite ces dernières années, des expositions artistiques et contemporaines ont eu lieu à Jeddah ou à Dharan mais c’est un tout autre domaine qui est à l’honneur en 2018. Riyad accueille entre le 26 et le 31 mars de cette année sa première Arab Fashion Week. Organisée depuis 2015 à Dubaï, elle se tiendra pour la première fois en Arabie saoudite où les femmes portent usuellement une abaya en public au dessus de leurs vêtements. Cette tradition n’a en effet jamais empêché les femmes saoudiennes de s’intéresser à la mode, loin de là.

 

Robe présentée par Basil Soda, créateur libanais présent à l’Arab Fashion Week de Riyad.
Robe présentée par Basil Soda, créateur libanais présent à l’Arab Fashion Week de Riyad.

Les têtes d’affiche de cette édition sont Roberto Cavalli et Jean-Paul Gaultier mais la mode arabe sera bien entendu à l’honneur. Des créateurs venus des Emirats, d’Egypte, du Liban et bien entendu d’Arabie saoudite feront le déplacement pour exposer leur travail. Si seules les femmes pourront admirer les collections, cet événement n’en demeure pas moins exceptionnel. La première Arab Fashion Week se tient en mars et une deuxième session aura lieu en automne dans la capitale saoudienne. Au delà de son rayonnement régional, la Fashion Week est toujours l’occasion pour le pays d’accueil de l’événement de favoriser les échanges à l’international.

Au delà de cet évènement, les créateurs saoudiens se font, de plus en plus, une place dans l’univers de la mode au niveau mondial. Des couturières n’hésitent pas à revisiter les vêtements traditionnels arabes, qui constituent un puits d’inspiration sans fond, à l’instar de Reem al Kanhal qui prône le mélange des genres et internationalise les standards saoudiens. Dans un autre registre, Razan Alazzouni, une jeune créatrice elle aussi originaire du royaume saoudien, utilise des matériaux traditionnels pour ses pièces en y apportant des coupes modernes et contemporaines. Ces créatrices, représentatives de l’importance que prend l’industrie de la mode dans le pays, exposent aujourd’hui dans le monde entier.

Si elles ne peuvent en effet pas revêtir d’habits occidentaux plus personnalisés à cause de leur code vestimentaire, les femmes saoudiennes ont trouvé d’autres moyens de se démarquer et même de créer leur propre mode. L’abaya traditionnelle, qui est dépourvue de tout apparat, se dote depuis quelques temps de dorures, de dentelles et de broderies, tout autant de détails qui n’avaient auparavant pas cours dans les rues du royaume.

 

Femmes saoudiennes faisant du shopping dans le centre de Riyad.
Femmes saoudiennes faisant du shopping dans le centre de Riyad.

 

Sources :